« Le futur énergétique n’a jamais été aussi incertain ». C’est sur cette affirmation que s’est basée la réflexion de trois économistes experts en énergie pour apporter des perspectives au niveau français, européen et mondial dans l’essai « L’avenir énergétique : cartes sur table » paru en mars dernier (J-M. Chevalier, M. Derdevet et P. Geoffron aux éditions folio actuel).

« Le niveau de gaz à effet de serre a été à son plus haut niveau en 2011 et sera rattrapé par celui de 2012 » annonce Jean-Marie Chevalier, professeur d’économie au Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières (CGEPM) de l’université Paris-Dauphine. L’essai nous offre un tour d’horizon du profil énergétique mondial actuel à travers le prisme économique et géopolitique des énergies : pétrole, gaz naturel, charbon, nucléaire et énergies renouvelables ; bref, un panorama mondial de toutes les problématiques énergétiques actuelles.

 

Vers une transparence des prix de l’énergie

L’énergie soulève des interrogations économiques : peut-on rester longtemps sur un système artificiel des prix ou doit-on aller vers les prix réels ? Le blocage des prix opéré depuis quelques années est réprouvé par les économistes. Leur analyse est que les prix de l’électricité et du gaz devront augmenter, certes de façon progressive, mais il faudra veiller à ce que le nombre de citoyens exposés à la précarité énergétique n’augmente pas mécaniquement. Il y a encore deux ans, la France comptait 3,4 millions de logements en situation de précarité énergétique. En 2012, l’INSEE en recense 3,8 millions, soit environ 8 millions de personnes. On peut espérer que les objectifs des 400 000 logements rénovés à partir de 2013 et les 800 000 logements sociaux rénovés d’ici 2020 pour passer d’une consommation d’énergie primaire de plus de 230 kWh/m2/an à moins de 150 kWh/m2/an seront atteints pour réduire le nombre de logements en situation de précarité énergétique.

L’Europe énergétique d’aujourd’hui et de demain : travailler de concert et sécuriser l’énergie

L’Europe  proclame une vision commune représentée par la directive européenne des 3×20 (efficacité énergétique, développement des renouvelables, diminution des gaz à effet de serre) mais présente des bilans nationaux très diversifiés. Aujourd’hui 17 pays sur 27 ont des prix capés (autrement dit administrés), devons-nous continuer sur des politiques énergétiques nationales ou bien déployer une politique européenne de l’énergie ? La réponse des économistes est que les états européens détiennent un potentiel de complémentarité et de mutualisation incontestable qu’il nous faut utiliser pour aboutir à une concertation européenne, car la sécurité d’approvisionnement n’est pas une question nationale, mais bien européenne face à des interlocuteurs comme la Russie ou l’Algérie.

L’émergence des « nouveaux héros de la révolution énergétique »

Mais qui sont ces héros dont parlent les économistes ? Ce sont les innovateurs et les consommateurs ! Les innovateurs sont les créateurs de nouveaux services répondant aux problématiques de la réglementation des secteurs électriques et gaziers, de la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, et de la convergence des réseaux d’électricité et de télécommunication dans les smart grids. La révolution énergétique est en marche et amène sous son impulsion des « innovations perturbatrices » qui viendront bousculer nos habitudes de production et de consommation. Les auteurs expriment leur conviction quant au rôle des PME pour explorer la diversité des solutions pouvant être apportées : «ces « éclaireurs » montrent le chemin ».

 

Avoir plus d’intelligence dans le quotidien après une croissance de 40 ans portée par l’énergie

Responsabiliser les citoyens en les impliquant dans les nouvelles pratiques énergétiques grâce à une information transparente et pragmatique est la voie que prône le trio d’économistes. Les pays doivent inviter les citoyens au débat et encourager les approches locales au travers de campagnes de sensibilisation et d’initiatives locales avec le développement de projets énergétiques comme en Bretagne et en région PACA qui ont impliqué respectivement 55 000 et 33 000 personnes.

On peut également citer le projet d’eco-quartier “IssyGrid” (à Issy-les-Moulineaux) dans lequel est impliqué un consortium de 10 grandes entreprises et auquel IJENKO participe, et qui s’inscrit dans cette démarche.

Quelles propositions pour l’avenir énergétique de la France ?

La question du nucléaire en France et de son parc de 58 centrales nucléaires ne cesse de revenir : que faut-il en faire ? J-M. Chevalier, M. Derdevet et P. Geoffron sont convaincus qu’il est nécessaire de diversifier notre mix énergétique et pour cela, réduire notre part du nucléaire en donnant une priorité essentielle à l’efficacité énergétique.

 

À propos des auteurs

> Jean-Michel Chevalier est professeur d’économie au Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières (CGEMP) de l’université Paris-Dauphine et est Senior Associé au Cambridge Energy Research Associates (IHS-CERA).

> Michel Derdevet, lauréat de la faculté de droit de Montpellier et diplômé d’HEC, est maître de conférences à l’Institut Politiques de Paris, où il est responsable du cours « Europe et Entreprises ».

> Patrice Geoffron est professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, où il dirige le Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières (CGEMP).

 

En savoir plus:

> IssyGrid, 1er réseau de quartier intelligent en France

> “L’avenir énergétique: cartes sur table”